Marc Lavoine, pour le Salon Littéraire, juin 2015

 

Marc LavoineL’Homme qui ment, de Marc Lavoine, paru chez Fayard le 19 janvier 2015, est actuellement dans les meilleures ventes avec ses 125 000 exemplaires écoulés. On découvre son enfance, mais surtout sa relation avec son père Lulu. Marc Lavoine marque cette année son entrée littéraire ; mais aussi la trentième avec l’anniversaire de son premier album et celle de la sortie, le 2 mars, de l’album hommage à Jean Ferrat (en compagnie de 16 artistes dont Patrick Bruel et Catherine Deneuve pour 14 reprises, un projet initié par Marc Lavoine et Gérard Meys). Tirons le vrai du faux auprès de celui qui voulait être écrivain depuis l’âge de 13 ans !

L’homme qui ment est un récit consacré à votre enfance passée en banlieue parisienne entre un père communiste, coureur de jupon et amoureux de la littérature, une mère mélancolique et un frère protecteur… Est-ce parce que vous vouliez marquer votre entrée dans le monde littéraire de manière crédible et durable que ce livre est un récit et non une autobiographie ?
Je ne suis pas fou des autobiographies. Je préfère raconter des histoires. Dans L’Homme qui ment, je voulais peindre les différentes époques qui vont de la guerre d’Algérie à nos jours. Je voulais faire le portrait d’une France au visage qui change à travers une famille, avec ses spécificités et ses engagements. Un parcours vu par un enfant qui va grandir et découvrir petit à petit le monde.

Avez-vous le projet d’un roman ?
Mes projets sont, en septembre, au Théâtre de la Pépinière avec Le Poisson Belge, une pièce de Léonore Confino.
Je travaille également depuis cinq ans sur un album Les Souliers rouges, une histoire chantée à trois personnages, avec Patricia Petitbon dans le rôle féminin principal.
Je dois rejoindre des projets de cinéma d’auteur, notamment avec Mateo Guez, dont le premier film Off world m’a bouleversé, et dont le prochain sujet est très fort.
Et puis enfin l’adaptation de L’Homme qui ment pour le cinéma, avec Jérôme Tonnerre, scénariste et écrivain de talent, avec qui je dois écrire le scénario et les dialogues.
Mais je reviendrai à la littérature.

Enfant, vous écriviez de la poésie. Vous vouliez devenir écrivain depuis l’âge de 13 ans. Pourquoi ? Pour vous écrire une autre vie ?
Sait-on pourquoi on a un jour le désir d’écrire ? Sans doute parce que l’écriture était, pour un enfant timide et parfois solitaire ou discret, un moyen d’exister, et d’ouvrir le rideau du monde des possibles. Le mot « poète » était synonyme de liberté. Cela faisait de moi quelqu’un d’un peu désuet ou démodé, une sorte d’utopiste, non pour m’inventer une autre vie, plutôt pour naviguer sur elle. J’espérais rencontrer ma muse, celle qui donnerait du sens à mon destin.

Et pourquoi pas un roman plus tôt ?
C’est vrai que c’est un peu tard pour publier. Écrire est une chose, publier en est une autre. Il faut attendre parfois pour se rendre compte qu’écrire n’est pas un caprice, une posture, ou une vue de l’esprit, mais une nécessité. Et puis il n’est jamais trop tard.

Par votre père, enfant, votre « Atlas », votre « dictionnaire », votre « bible » était le livre de la Résistance. Citons un des résistants littéraires les plus célèbres : Aragon. L’avez-vous lu et que vous a-t-il apporté ?
Aragon était un symbole, car il était un poète de l’amour et de la résistance. Ses idées de gauche dans le milieu communiste par mon père, et catholique par ma mère, faisaient de lui un point commun entre nous tous. Aragon était dans les brins de muguet que nous vendions les premiers mai. Je veux dire par là qu’il mettait de la beauté sur les combats que nous menions.

Votre père vous parlait d’autres poètes, qui s’étaient fait tuer ou emprisonner entre autres. Cela forgeait d’autant plus son admiration pour ces personnages, ces artistes. Savez-vous ce qu’il aimait dans la poésie ? Et partagiez-vous alors son point de vue ?
Mon père aimait les poètes, les artistes, et surtout les surréalistes. Il aimait les belles choses.
Ils accompagnaient les luttes ouvrières et les rêves de ce monde à construire. La poésie le rendait joyeux, et nourrissait son espérance. Je suis comme mes parents.

Jeune adulte vous lisiez Verlaine, Rimbaud… « et leur triste poésie » vous remontait le moral. Vous préfériez la poésie, est-ce toujours le cas ?
La poésie c’est comme un premier souffle. Une porte dans le vent que l’on ouvre, comme un cahier de classe dans lequel on apprend les premières fables de La Fontaine. Quoi de plus subtil, intelligent et imagé que les fables de La Fontaine ?
Ensuite je suis parvenu à trouver de la poésie dans beaucoup de choses, car c’est une question de regard. Lorsque l’on n’y parvient, la poésie est présente à chaque instant. Ou presque.

Votre père souhaitait vous appeler Auguste. Il aimait « le geste auguste du semeur ».
Mon père aimait beaucoup Victor Hugo. Il trouvait que l’écrivain ou l’écrivaine étaient ceux qui créaient le lien entre l’histoire avec un grand H et nous les petits.

Aimez-vous Hugo ? Quel est l’ouvrage ou poème qui vous a le plus marqué et pourquoi ?
Hugo c’est héréditaire. Je l’ai aimé grâce à Riton, mon grand-père paternel qui fumait du Caporal. Il me parlait de Jean Valjean et de sa passion pour Les Misérables. Jean Gabin l’a si bien incarné au cinéma qu’il se confondait avec Jean Valjean dans mon esprit. Mon grand-père ressemblait à ces hommes-là.

Le théâtre aussi fut une expérience forte, un apprentissage essentiel ! Vous avez joué des scènes de Molière, de Lorca, d’Ibsen, de Dostoïevski ou de Sartre. Quel est votre auteur de théâtre préféré et pourquoi ?
Il est toujours délicat de parler de préférence, mais Molière fut le premier. Il avait l’audace, le panache, le sens de l’humour, l’intelligence, le goût de la justice.

On apprend dans votre récit que votre père avait une chanson le reliant à chaque maîtresse. Avez-vous un livre ou un poème associé à certaines époques phares de votre vie ?
Oui. Le dormeur du val. Serge Regianni l’a enregistré, et il le dit merveilleusement bien en préambule au Déserteur de Boris Vian que nous écoutions avec mes parents. Cela me ramène à ma banlieue, mon origine.

Vous admiriez votre tante Denise qui voulait enseigner, apprendre à lire, écrire… Cela vous a ouvert aux autres et a influencé votre destin, à vous et votre frère. « Lire, bien sûr, mais apprendre aux autres à lire, aux enfants d’aujourd’hui, pour qu’ils puissent vivre demain. »
Oui, ma tante Denise nous a beaucoup influencé mon frère et moi. Elle est restée notre lumière. Une lumière qui n’a jamais faibli malgré les méandres de la vie. Cette manière d’apprendre aux autres, et des autres, elle nous l’a transmise. Nous lui devons beaucoup.

Nous sommes à l’ère où les rayons et magasins de musique se vident contrairement aux librairies, que pensez-vous de cet état de fait ?
Je pense à tous mes camarades artistes, et aussi à tous ceux qui ont perdu leur emploi. La crise a frappé l’industrie de la musique, beaucoup sont restés sur le carreau. Le cinéma a été touché violemment. Il semblerait que l’art est gratuit, et que pas mal de politiques ont considéré que le téléchargement gratuit, le vol des œuvres étaient acceptables. Nous devons faire face. C’est devenu difficile pour un jeune artiste de trouver un chemin et de vivre de son travail. Mais la scène, le spectacle vivant est toujours debout, car la dématérialisation a redonné du goût pour la chose vivante. Cela incite à faire tourner à plein régime la machine à créer des célébrités. Apprendre en quelques mois à devenir une vedette c’est une façon de voir les choses. Mais il est rassurant que les créations se fassent ailleurs, et la programmation des festivals de Bourges, Rennes, Rock en Seine, Vieilles charrues et tant d’autres, prouvent que les nouveaux artistes sont bien là et ont beaucoup de talent. Ça s’organise !

L’Homme qui ment est le titre de votre récit. Il est complété par : « Ou le roman d’un enjoliveur – récit basé sur une histoire fausse ». Avez-vous menti durant cette interview ?
J’ai dit ce qui me semble être la vérité.

Monsieur Cadet serait fier de vous !
Monsieur Cadet est un sauveur d’enfants. Nos audaces et nos engagements d’aujourd’hui lui doivent beaucoup. Ils sont nés dans sa classe. Quand il m’écrit, il commence par « Marco » et termine par « Ton vieux prof ». Je lui dis aujourd’hui : « Je t’aime mon vieux prof. Merci pour la poésie. »

Propos recueillis par Laure Rebois (mai 2015)
© Photo : Richard Schroeder

Marc Lavoine, L’Homme qui ment, Fayard, janvier 2015, 192 pages, 17 €

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *